Miaou

Miaou ! Miaou ! Miaou ! Miaou !
C’est ce que j’entend régulièrement depuis la Mi-Août
Toi, jeune chat venu de nulle part
Qui la première fois m’est apparu en soirée, sur le tard
Alors que je traînais seul sur la terrasse, à rechercher le calme
Ton insistance à venir vers moi, je l’ai vécu comme une attaque au napalm

Sans aucun doute, tu voulais m’approcher
C’est justement ce que j’avais à te reprocher
Les chats, loin de moi, je les tolérais
Mais à chaque intrusion dans mon intimité, des menaces je proférais
Dans mon habitat, pas question de matou
Chez moi, pas d’envahisseurs, à la limite, les toutous

Et pourtant, tu as beaucoup insisté
Plus d’une fois je t’ai chassé, sans personne pour y assister
Je savais que tes appels feraient bondir le cœur de ceux qui vivent sous mon toit
Je ne voulais pas qu’ils s’attachent, je ne voulais pas de toi
Mais un jour, j’ai décidé de ne plus cacher ta présence
Je n’ai pas pu m’empêcher d’obéir à ma conscience

Ce jour là, je me suis accroupi pour te montrer ma bonne volonté
Je ne sais pas pourquoi, ce jour-là, c’était mon jour de bonté
J’ai appelé le petit, pour qu’il vienne te câliner
Lorsqu’il t’a approché, j’ai aussitôt vu son regard s’illuminer
Vite après, c’est sa mère qui arrivait, qui s’émerveillait
Et soudain, tremblement de terre, en moi, tout se brouillait

Oui, je regrettais déjà d’avoir laissé croire que je pouvais t’accepter
Je voyais déjà le film où tu t’imposerais dans mon logis sans que je ne puisse t’intercepter
J’imaginais ma famille amoureuse de toi, te laissant tout faire
Grimper sur les meubles, dormir sur mon lit, et pour moi, pas d’autre choix que de me taire
Je te voyais déjà le roi de ta nouvelle demeure
J’ai ressenti les menottes à mes poignets, ma liberté ligotée, et s’est assombrie mon humeur

J’étais effondré, voir même choqué par ce film dans ma tête
D’autant plus que pour les miens, c’était comme un jour de fête
C’était comme si je devais m’effacer pour te laisser la place
Je n’avais pas le droit de refuser ta présence, sous peine d’être perçu comme un être aussi sensible que de la glace
J’aurais payé cher pour que tu n’apparaisses jamais ici
Mais j’aurais payé cher pour rendre les miens heureux aussi

Jamais ça ne se serait passé comme ça quelques années auparavant
Il fut un temps où, dès que je voyais un chat, je me planquais derrière le premier paravent
Si l’un d’eux m’approchait, mes poils se dressaient et je serrais les dents
Si par malheur il osait me frôler, c’était comme si un taureau venait pour me rentrer dedans
Vu de l’extérieur, mon comportement devait paraître tordant
Mais pour moi, le moindre mouvement me crispait, l’animal maîtrisait mes émotions, il en devenait le commandant

Pour beaucoup, les passes temps en compagnie de ces félins sont de véritables hobbies
Pour moi, leur seule présence me déclenchait une atroce phobie
Plus d’un chat a payé son approche envers moi de sa vie
Et pourtant, je les ai tué sans en avoir envie
Juste effrayé, terrorisé, j’ai eu des réflexes d’auto-défense
Une fois « tiré d’affaire », je ressentais un désarroi immense

Ma phobie en a fait rire plus d’un, et je l’ai toujours tournée à l’auto-dérision
Mais je n’étais pas fier, et j’ai fini par m’imposer un jour cette mission
Ne plus perdre mes moyens face à un matou, que ne dépendent plus de leur présence mes émotions
J’ai essayé de m’approcher de certains, sans parler de soumission
Et la phobie s’est peu à peu transformée en une simple répulsion
J’étais enfin capable de tolérer un chat, je ne voyais plus le démon imaginaire, disparue cette terrible illusion

Ma crainte envers ces félins semble incompréhensible
Surtout qu’enfant, j’ai pu voir que l’amitié avec eux était possible
Qu’est-ce qui a pu transformer ma perception de ces êtres, je n’en sais rien
C’est vrai que j’ai toujours eu plus de facilité avec les chiens
J’ai toujours adoré ces animaux, avec certains c’était fusionnel
Je les comprend tellement mieux, ces boules de poils et d’amour inconditionnel

A l’époque où la simple vue d’un chat me rendait hystérique
Où un simple regard tourné vers moi me paralysait, une douleur physique
On m’a fait comprendre que si je trouvais l’espèce canine sympathique
D’autres vivaient avec l’espèce féline des rapports fantastiques
J’ai donc ouvert mes yeux et me suis senti pathétique
Ces mots là ont été de ma guérison le premier déclic

Ces derniers jours, les choses se sont accélérées
Toi, le matou qui désormais tout les jours passes nous voir, tu as persévéré
J’ai pris sur moi au début, mais très vite il s’est avéré
Que j’appréciais de te voir et que de l’amour tu as su fédérer
Hier, ce fut le pompon, tu es venu contre moi, je me suis senti régénéré
Les liens qui me ligotaient depuis si longtemps se sont tous desserrés

C’est la première fois que je prend un chat dans mes bras depuis mon enfance
Je considère ce privilège comme une seconde chance
Ce chat a réussi à me réconcilier avec son espèce par son unique présence
Je sais maintenant pourquoi il a débarqué chez moi, tout fini par prendre son sens
Comme quoi il ne faut jamais cesser d’y croire, rester toujours dans l’espérance
Ne pas abandonner, jamais lâcher, ça fini toujours par une récompense

Ceci est valable pour tout et tout le monde
Réussir après un long temps d’acharnement, et le bonheur nous inonde
Tout comme une plante qui a souffert l’hiver, et sur laquelle au printemps les jolies fleurs abondent
Tout comme le soleil qui efface la nuit et nous envoie tant de bonnes ondes
Il suffit de regarder la nature, quand le tonnerre gronde
Ce sont toujours les arcs en ciel qui lui répondent

Loïc Otharan
13 Octobre 2022